jeudi 5 octobre 2017

14 Le Montreux


photo Monique Gindroz


Photo Monique Gindroz


14 LE MONTREUX

« Le Montreux » accoste, c'est sa première sortie de la saison, ses grandes roues à aubes se sont arrêtées. Une longue file de passager impatients s’engouffre à son bord, quelques uns sont restés en attente fébrile devant les énormes machines qui, lentement, se remettent en route dans leur va-et-vient puissant. Ainsi il y a des amateurs qui sont fascinés par elles : leurs mouvements répétitifs, leurs beautés, perfection d'une ère passée mais entretenue avec ténacité, un peu d'amour certainement, en tout cas avec soin et intelligence. Garder la mémoire de ce qui fut, pour le plaisir de ceux qui sont aujourd'hui.

Longer la côte, les vignes, villages et ports fleuris.Voir, revoir, apaisés, au rythme lent de son déplacement ; fixer le regard, une fois encore, sur les Alpes de Savoie, une trouée sur le Mont Blanc, s'extasier à nouveau de ce lac aux milles reflets violets, turquoises, émeraudes, ardoises. D'un côté les forêts denses, de l'autre les champs ; c'est inépuisable, le ravissement revient à chaque fois lorsque l'on est à son bord.

Se régaler d'un menu gourmand, papoter de tout et de rien avec des connaissances, partager un moment de bonheur avec une amie ; garder en soi les images colorées des toits des maisons, des grandes demeures patriciennes, des châteaux ; laisser couler en soi le chant des sirènes, des soleils couchants, des reflets multiples, de la nuit qui monte. Tout est mélodie, enchantement. Qu'il est beau notre bateau du bleu Léman avec son drapeau rouge à croix blanche dansant à sa poupe, attaché, suivant comme nous, son trajet sans cesse renouvelé.

Il est blanc, la proue longue et fine aux volutes dorées, cheminée haute bordée de noir. Avez-vous visité sa salle à manger belle époque, boiseries en acajou, panneaux aux fleurs de narcisses ? C'est « Le Montreux ».


photo Monique Gindroz




Prochain texte le 13 octobre 2017


vendredi 16 décembre 2016

Coourts récits : Père Noël répond






Dès la semaine prochaine, je vous proposerai 
un jeu d'écriture à faire ensemble.
A bientôt

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Joyeux Noël plein de lumière
Heureuse Nouvelle Année 2017 pleine de bonnes choses

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12 PERE NOEL REPOND


C'est bien la première fois que l'on m'écrit non pour me demander
un cadeau mais pour m'en faire un :
ton merci !

Hier je suis rentré fourbu, le dos cassé à force de grimper
sur les toits, de descendre dans les cheminées,
transportant des centaines de cadeaux
et tu me dis merci, non pour ceux-ci
mais à moi, pour ce que je fais,
le mieux que je peux :
apporter de la joie aux enfants.

De simple marionnette de bois, tu me fais vivre
puisque utile aux autres.
L'année prochaine, je te le promets, je reviendrai...




vendredi 9 décembre 2016

Courts récits : 12 Un enfant écrit au Père Noël

11 UN ENFANT ECRIT AU PERE NOEL

Mais je ne suis plus une enfant et je n'ai jamais écrit au Père Noël.
Et bien c'est le moment me dites-vous !
Oui, mais des cartes de voeux, je n'en utilise plus,
ça circule par SMS ou par e-mail.

Bon, enfin, poussée par vous, je me décide
et je t'envoie, cher Père Noël, ce message par Internet.
Il va faire le tour de la terre en 2 secondes, il doit bien arriver à te trouver dans ta cabane de rondins,
perdue, isolée au fin fond du Grand Nord,
là où l'on me dit que tu habites.
Mais à quelle adresse es-tu ? Sais-tu que pour compter au nombre
du vivant, il faut en avoir une, tu n'es pas un pauvre SDF que je sache ou alors tu comptes sur ta notoriété pour que le facteur te trouve, enfin que dis-je, ça marche par onde ce truc là...

Excuse moi, je me perds en remarques stupides.
Vois-tu, dans mon enfance on ne parlait pas tant de toi,
tu n'étais pas dans toutes les vitrines, grimpant sur les balcons,
te balançant au bout d'une corde ou d'une échelle.
Maintenant tu fais partie de nos traditions, je ne parle pas
des commerces qui attendent ton retour
pour faire leur chiffre de l'année.

Abrégeons. Que vais-je te demander ? Car c'est bien pour recevoir
un cadeau qu'on t'écrit, n'est-ce pas ?
Et bien non, ce message ne te demande rien, il est pour te dire que j'aime bien te voir dans nos rues en décembre,
avec ton habit rouge, ton long bonnet et tes grandes bottes fourrées, c'est qu'il fait froid de là où tu viens.
J'admire ton renne attelé, les lumières clignotantes
de son traineau débordant de paquets aux beaux rubans
couleur arc-en-ciel.
En les apercevant, je retrouve mes yeux d'enfant dans ceux-ci, leur joie, leur impatience, leur attente. Tu distribues le bonheur,
tu fais partie de nos traditions, tu reviens chaque fin d'année,
toujours fidèle et c'est ça que je veux te dire,
tout simplement : Merci !


vendredi 2 décembre 2016

Courts récits : 11 La marmite


10 LA MARMITE

Je suis une grosse marmite ronde, joufflue, noire à l'extérieur, presque brillante à l'intérieur à force d'avoir été récurée à coup de brosse. Suspendue derrière le sac à dos, me voilà brinquebalée au rythme de la marche de celui qui me transporte. Le pas est devenu long, régulier, j'ai le temps de contempler les champs de colza et à l'horizon les crêtes des Alpes vaudoises, fribourgeoises, légèrement teintées de violet.

Le pas se ralentit, devient plus lourd. Lui et moi, comme accouplés, nous grimpons, mais moi, au dos de lui, je vois la descente ! On tourne, on zigzague. Je compte les pas : vingt d'un côté, vint-cinq de l'autre ; on tourne encore ; je guigne pardessus de son épaule pour suivre l'itinéraire sur la carte-topo qu'il tient dans la main et je compte 14 virages avant d'arriver au sommet. Pourvu que je n'attrape pas le mal de mer alors que je n'ai rien encore dans le ventre.

Arrivés sur cette hauteur coupée de murs de pierres sèches limitant les pâtures à herbes courtes et drues, protégeant les intrépides des falaises qui forment le Creux du Vent, moi je suis toute fraîche et lui en sueur ! Maintenant on m'a abandonnée au pied d'un sapin, heureusement ses branches vont m’offrir une ombre bienvenue avec ce soleil radieux, surtout quand approchera midi, il va « taper » fort ; je m’endors puisque je ne serre à rien.

Des petits pas suivis de rires, d'exclamations et je sors de mon engourdissement sans rêve. Brusquement, sans ménagement, on me tire par mon anse, verse, me semble-t-il, des kilos de légumes coupés, deux litres d'eau froide par-dessus le tout et me voilà, cette fois-ci, tout à fait réveillée. A côté crépite un feu de bois et je passe du froid au chaud, sans transition ni cérémonie ! Savez-vous ce que cela me fait ces brusques changements de température ? De quoi attraper la fièvre des escapades les plus lointaines ...


vendredi 25 novembre 2016

Courts récits : 10 Ferdinand

9 FERDINAND

Je suis une grande bâtisse de bois avec une porte cochère au-dessus d'un pont de terre sur lequel et sous laquelle passaient les chars de foin qu'il fallait vider à coups de fourches et entasser dans ma grange aux poutres larges, puissantes, chevillées entre elles, soutenant un immense toit de tuiles beiges et brunes, certaines recouvertes de fleurs de lichen.

Dans ma partie est, faite de brique rouges, habite Ferdinand, seul ; il a tant d'années qu'il ne les additionne plus. Le savez-vous, je l'ai vu naître et il doit bien avoir 70 ans ou plus, je ne sais pas compter ; enfin il me semble que c'est encore jeune à notre époque.

Les enfants sont partis à la ville, il n'y a plus de cris autour de la maison, plus de rires étouffés dans le foin ; les tracteurs se sont tus, le fourneau reste trop souvent bien froid.

A côté, dans la dernière maison du village, vit Zozote, enfin c'est ainsi que tout le monde la surnomme, au point d'avoir oublié son nom de baptême, et parce qu'elle zézaie un peu. Garnements qu'étaient Ferdinand et ses copains, ils en riaient, se moquant ouvertement d'elle, alors que leurs aînés chuchotaient entre eux qu'elle devait être un peu « retardée ».

Faisant des va-et-vient incessant dans les escaliers, arpentant sa grange vide, regardant tristement son jardin potager où subsistaient quelques poireaux jaunis et deux choux levés, Ferdinand se demandait que faire de sa vie si solitaire. Il jeta un coup d'oeil indifférent à sa voisine la Zozote, et prit soudainement conscience qu'elle bêchait son potager. Il y remarqua de grosses tomates murissantes, une alignée de haricots, de si belles salades. Puis des yeux, lentement, il parcourut, comme pour la première fois, les lézardes dans les murs, le toit dangereusement incliné, les fenêtres de guingois de cette vieille maison, si près de la sienne.

Une lueur de joie subite visita son coeur... Peu de temps après, lui, serrant sa main à elle dans la sienne, je les observais tous deux faisant le tour des communs, enchantés par ma solidité, ma vastitude, mon confort et je les vis monter les escaliers et disparaître dans mon intérieur.



Cette affaire fit le tour du village : vous pensez la Zozote avec le Ferdinand, c'est' y dieu pas possible ! Et tu as vu le jardin potager du Ferdinand, et les courses qu'il fait au marché le samedi. Ça sent même bon quand on passe sous ses fenêtres. Et ça zozotait, ça zozotait sur la grande place, au café, parfois même on entendait des chuchotements à l'église le dimanche matin :

  • T'as vu la Zozote avec sa nouvelle robe, c'est' y dieu pas possible !

Avec mes volets repeints de neuf, je suis une grande bâtisse de bois et sous mon toit protecteur monte des rires et des chants ; des petits pas courent sur mon plancher. Dehors des tables aux nappes blanches attendent des convives. Mon coeur de ferme est plein de renouveau.





vendredi 18 novembre 2016

Courts récits : 9 Mais non !


8 MAIS NON !


  • Je leur marchais dessus...
  • Comment ça, tu leur marchais dessus ?
  • Ah oui, nous étions au Col de la Croix...
  • Qui ça nous ?
  • Bin les copains-copines
  • Ah tu étais avec un groupe de marcheurs
  • Mais non, enfin oui, nous marchions et je leur marchais dessus
  • Tu marchais sur les copines-copains ?
  • Mai non, enfin, tu ne comprends rien, tu m'embrouilles avec ce délicieux parfum qui sort de ta cuisine...
  • C'est bien ce que tu m'as demandé de te cuisiner, non ?
  • Mais oui et je tente de t'expliquer que la première fois que je suis sortie avec la Société mycologique de la Riviera, nous étions au Col de la Croix et, étant novice en la matière, je marchais sur les minuscules chanterelles d'automne, chapeaux beiges et pieds oranges, si fines que je ne les voyais pas.
  • A table !
  • Quel régal, je me crois dans la forêt ; je la hume, la savoure, l'emporte avec moi, elle imprègne mes habits, me colle à la peaux, réjouit mon estomac, c'est divin. Merci chère Elizabeth.

vendredi 11 novembre 2016

Courts récits : 8 Exister

EXISTER

Cette grosse machine et tous ses tuyaux en forme de science-fiction , qui crache , suinte , fulmine , assourdit ; ce marteau piqueur , cette perforatrice qui te secoue de la tête aux pieds , te couvre de poussière , as-tu pensé à tes poumons ? D'où viens-tu ? D'un pays de l'Est, d'Afrique, plus loin encore, d'Amérique du Sud peut être. Avec ce bruit d'enfer tu ne peux pas m'entendre , mais , malgré tout je te dis ceci : quand je roule sur l'auto-route et que je te vois suant sous le soleil , coulant le béton, étalant le goudron brûlant , je ralentis en pensant à ta femme , à tes enfants.

***

Mon pinceau coure sur la feuille, tente de dessiner un pont pour nous relier , des arbres pour t'abriter de la chaleur , te vêt d'un manteau chaud en hiver .

***

Cette affreuse machine me fait penser à une planète fric : Hauts salaires indécents , bonus exonérés d'impôt , j'étouffe sous la montagne exorbitante des dettes . Même ma petite commune en a , des dettes .

Planète jeux : Le monde entier joue , a joué au moins une fois dans sa vie . Loto , loterie , c'est enfantin , mais qui joue avec les subprimes , qui spécule à la bourse , fait monter , ou descendre les cours du blé , du sucre , des matières premières ? OGM , Monsanto , Pharmas , jouez-vous avec notre santé ?

Planète poubelle : Tiens il y en a même une sur l'écran de mon ordinateur ! Je m'arrête , je me tais ! Mes neurones s'emmêlent à vouloir comprendre comment nous en sommes arrivés là , à chercher des solutions qui me dépassent , à peser les conséquences . Qui est responsable ?

***





Mon pinceau danse sur le papier , dessine une passerelle ; je m'y hasarde , me cramponne aux cordes , j'avance ... A l'autre bout , lui , l'ouvrier , avance aussi . Il a ôté son casque , ses gants , le vent emporte
la poussière de ses vêtements . Nous allons nous rejoindre , nous embrasser , nous serrer l'un contre l'autre .

Il me dira : « SURVIVRE »
Je lui répondrai : « EXISTER »

***

Et toi petite fille , spectatrice de tout cela , avec ton sourire , ta plume , tes pinceaux , tu existes aussi ,
tu existes dans un coin de ciel bleu , dans la brise qui caresse tes cheveux , le reflet sur l'étang , la pierre que tu ramasses sur le chemin , dans le chant des oiseaux , une nuit étoilée au firmament .

EXISTER




dessin de Françoise Dapples