vendredi 4 septembre 2015

Courts récits 1 Le cerf-volant





LE CERF – VOLANT

Il se fait papier de soie pour traverser la barrière des astéroïdes, prend la forme d'une étoile pour arriver sur ta planète, il déroule sa corde jusqu'à l'infini pour atteindre les confins de l'Univers, là où tu habites.
Le cerf-volant s'envole par-dessus les murs de la Cité interdite où tu ne pourras pas entrer, il respire la chaleur qui monte en spirales des terres désertiques, court avec les chevaux sauvages dans les plaines immenses.

Revenant, repartant, au gré de mes indécisions ; subitement il se tend et le voila parti vers l'Ouest alors que je le voulais à l'Est, poussé par un courant contraire, irrésistible ... Long voyage, longue absence ... Enfin le voila de retour d'Amazonie, des gouttes tombent de son armature, il pleure la forêt brûlée.

Une onde frémissante parcourt cette corde qui nous relie ; où es-tu, que vois - tu ? A mon tour, je ressens des frissons qui parcourent toute mon épine dorsale et je perçois au loin le son d'une flûte de pan qui s'élève dans la Cordillère des Andes, en prend toute la nostalgie, la hauteur, la solitude immense, démesurée. Emue, j'en ai les larmes aux yeux ; joie du fond des âges, je ris diaphane, en harmonie parfaite avec son rythme, ses notes pures, légères, transparentes comme l'air de ces hauts plateaux.

Pris dans des tourbillons de poussière, il suffoque, affolé
mon cerf-volant au - dessus des «trax », des pelleteuses
déchirant la terre emportée
dans des camions qui roulent entre des tranchées béantes, dans un environnement sans coeur, vide, nu de tout arbre, s'ouvrant sur une vaste mine de cuivre. Il revient tout secoué par cette vision désolante.

Va grand oiseau, virevolte au-dessus des lacs paisibles, écoute le murmure du ruisseau, le grésillement des criquets sur les pentes ensoleillées, regarde ce rouge profond de cet adonis aestivalis , admire ce coucher de soleil.

Un jour ta corde cèdera, tu partiras pour ne plus revenir ; tu seras
arc-en-ciel dans l'azur, espérance d'une âme en voyage vers un autre monde. Te reverrai-je un jour, au-delà du temps ?


prochain court récit le 11 septembre

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vendredi 10 juillet 2015

Une cave . un galetas :16 Suzukii



Après la grêle qui dévasta le vignoble, trois ans plus tôt, lacérant les feuilles, jetant à terre les grappes naissantes, arriva par bateaux, avions, trains, camions, bagages des touristes, la mouche drosophile Suzukii originaire d'Asie du Sud : Japon, Chine, Corée, certainement une conséquence imprévue de la mondialisation, nous prit de court. J'appris, continua Armand pour son public d'amis, que cette mouche pond ses oeufs dans la chair du raisin provoquant une amertume dans tout le jus de la cuve, conduisant nécessairement à la perte de la récolte. De plus, en perçant la peau, elle ouvre la porte à la pourriture, puis la larve, se nourrissant de la pulpe, vide le grain de raisin en y laissant un goût exécrable. C'est avant tout la couleur rouge qui l'attire et en Bourgdoz, nous sommes est en première ligne de mire.

Une partie de nos vignes fut traitée avec un mélange de souffre et d'acide citrique, le tout mélangé à de la poudre de roche. Il semblerait que les femelles ne pondent pas lorsqu'elles ont de la poudre sous les pattes. Nous n’eûmes pas l'occasion de le vérifier car un puissant vent du nord s'abattit sur notre région et, par rafales, dissémina la poudre, offrant le raisin à l'envahisseur et d'autre part l'accumulant par endroit, comme des minis congères, bloquant le murissement des grappes.

Notre nouveau maître de chais commanda des filets spéciaux, à mailles étroites pour les couvrir, seulement ces mouches n'étaient pas des mouches mais des moucherons de 2 à 3 millimètres et ils passèrent au travers. J'avais acquiescé à cet achat sans rien y connaître ; j'appris ainsi, à mes dépens, que « faire confiance, c'est bien, vérifier c'est mieux ».

Tout le monde fut réquisitionné, moi y compris, et nous remplîmes une centaine de récipients d'une mixture de vinaigre de pomme, vin rouge, plus 2 gouttes de détergeant à vaisselle, qu'il fallait remplacer tous les quinze jours. Attirées par ce parfum, les mouches s'y noient ; nous recueillîmes des milliers de moucherons morts. Ces récipients furent suspendus dans les vignes ; encore fallait-il savoir à quelle distance les placer pour être efficaces. Bref, ce fut la seule parcelle sauvée, les trois autres quarts furent perdus, deux ans de travail anéantis. Réagir dès que l'on constate sa présence, c'est déjà trop tard, il faut un traitement préventif, mais encore faut-il être au courant de l’existence de ce fléau, l'ignorance en est encore un, de fléau !

L'élimination des grappes atteintes fut encore un autre problème. Renseignements pris, elles furent entassées dans de vastes sacs en plastique solidement fermés et exposés au soleil, la chaleur détruisant les larves. Ce que l'on oublia de nous dire c'est que nos sacs n'étaient pas, ou plus, conformes aux nouvelles prescriptions. La facture fut salée ; nous n'échappâmes à une amende qu'en raison d'une clause d'urgence.

Pendant cette même période, ma mère mourut. J'ose espéré qu'elle est partie sans se rendre compte de l'étendue du désastre, c'est ma seule consolation. Préparer la succession, rendre des comptes, partager avec mon frère par voie de notaire. Plus de réserve en banque, des hypothèques à ne plus pouvoir payer les intérêts, il fallut vendre domaine et château. Mais un vignoble à l'abandon, un château dont il fallait refaire le toit, toit de pentes, d'auvents, toit de la tour ronde, de la tour carrée, poutraison, chenaux, tout cela diminuait la valeur de la propriété. Je dû m'en expliquer et mon frère reçu une part d'héritage bien mince, comme la mienne. Depuis lors je n'ai plus aucune nouvelle de lui, ni lettre, ni e-mail, ma boîte reste vide malgré mes efforts de conciliation.

  • Monsieur, Monsieur, s'il vous plait, votre petite fille vous appelle !
  • Excusez-moi, mes amis, un instant de pur bonheur m'attend : mon enfant me réclame pour la border dans son lit, lui lire une dernière histoire, l'embrasser en lui disant : « douce nuit, Angelina, petit amour de mon coeur ».

FIN


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Vous êtes en vacances, moi aussi ! Un nouveau récit paraîtra dès septembre. En attendant cliquez sur "Sciences naturelles", "Les moulins" ou "Les pierres", bonne lecture.


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Vous aimez peindre, dessiner, photographier, modeler, sculpter, et vous constatez qu'une de vos oeuvres pourrait illustrer un chapitre de mes récits, ou tout autre texte de mon site, envoyez-moi une photo. Si je l'introduis dans mon blog, j'indiquerai votre nom au-dessous.  Alors peut-être à bientôt ! 


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vendredi 3 juillet 2015

Une cave - un galetas 15 Château Les Aventurines


Avoir un château ne veut pas dire automatiquement vivre une vie de château, Armand en fit l'amère expérience. Ce soir-là, recevant, avec Marie-Ange, quelques amis intimes, il narra les événements qui précédèrent la vente du château survenue quelques années en arrière.

« J'étais en deuxième année de psychologie à la Fac de Vincianes, j'avais 21 ans. Mon frère aîné, Alphonse, avait terminé son droit et suivait une formation de gestionnaire en entreprise, poussé par leur père qui, hélas, mourut subitement, peu de temps après, d'une crise cardiaque.

Alphonse dû renoncer à exercer le barreau et reprit notre entreprise vinicole ; il découvrit, avec effarement, que celle-ci était dans les chiffres rouges depuis environ 4 ans, suite certainement à l'ouverture du marché aux vins étrangers. Mon frère et moi nous nous sommes dits que cette situation avait certainement miné la santé de notre père et qu'il avait espéré voir venir son aîné pour le seconder, soutenir ses efforts pour remettre la propriété à flot. Par la force des choses, Alphonse s’attela donc à la tâche, resserra les dépenses, chercha de nouveaux débouchés. Il engagea un représentant qui amena quelques nouveaux clients, d'Allemagne en particulier, mais conjointement, il en perdit un certain nombres de proximité : hôtels et restaurants qui s'étaient reconvertis à la cuisine italienne et se fournissaient en vin directement en Italie.

Alors que les affaires semblaient reprendre, dans un virage, pris à une vitesse probablement excessive, la voiture d'Alphonse dérapa et alla s'encastrer dans un arbre, il mourut sur le coup. Ainsi, du jour au lendemain, je me retrouvais à la tête d'un vaste espace de vignes, un travail auquel je ne connaissais rien et un château qui avait bien besoin d'être rénové ; je n'ai aucun sans commercial, ainsi que peut vous le confirmer Marie-Ange, ici présente.

Un autre événement survint et qui cette fois, plus que les précédents, atteignit ma mère en plein coeur : mon frère cadet était parti faire un stage de deux ans en oenologie, très, très loin, en Australie. Année après année, elle attendait son retour, elle adorait ce fils ; ne me dites pas qu'une mère ne doit pas faire de différence entre ses enfants, qu'elle doit tous les aimer de la même façon, c'est un mythe. Je lui ai caché, le plus longtemps possible qu'il aimait une jeune fille, mais quand le mariage arriva, je dû le lui dire. Le choc fut terrible, Maman resta sans prononcer un mot pendant trois semaines, elle maigrit, se laissa doucement couler, c'était trop pour elle. Elle ne s'intéressa même pas à ses trois petits enfants qui naquirent au-delà des mers. Il avait promis qu'il viendrait la voir, mais il avait toujours une nouvelle raison à invoquer, elle n'y croyait plus.

C'est donc absolument seul que je me retrouvais face à une multitude de problèmes et à la santé déclinante de ma mère. J'en vins à vendre certaines terres, ne serait-ce que pour pouvoir transformer une pièce au rez-de-chaussée du château en chambre à coucher, agrandir les toilettes et y ajouter une douche pour ma mère en lui évitant ainsi les escaliers qu'elle gravissait avec de plus en plus de difficultés. Je fermai les chambres du personnel sous les combles pour ne pas avoir à les chauffer, notre gouvernante-cuisinière et la petite aide, furent logées sur le même étage que moi. Pensez donc, le personnel, réduit au minimum, et le maître sur le même étage ! Peut-être aurais-je dû placer ma mère dans une institution quand le moment vint où il lui fallut une infirmière à domicile, mais je n'en eus pas le courage. Comme le dit mon aimée : « Vous avez fait de votre mieux, avec ce que vous aviez, ne regrettez rien, en plus vous avez donné un peu de bien être à l'auteure de vos jours »



vendredi 26 juin 2015

Une cave-un galetas : 14 Un coup de maître


Une ordonnance du juge d'instruction enjoignit Marie-Ange d'établir avec précision quelles étaient les toile saisies portant sa signature au dos. Elle s'y était préparée, prévenue par son avocat. Cependant, lorsqu'elle se trouva dans cette salle sans fenêtre et en présence de 96 tableaux, (elle en avait vendu environ le double à celui qu'elle croyait être son ami), elle paniqua et allait se précipiter pour éliminer ceux qui, curieusement, étaient de mauvaises factures et certainement pas de sa main. « Du calme, tergiverser, douter, semer le doute fait douter le public et hésiter le jury ;  on ne condamne pas sur un doute mais sur des preuves » lui avait souligné Armand ».

Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire de « signature au dos ? » Ah oui, un coup de maître !

Reprenant son assurance tranquille, Marie-Ange commença à trier toutes ces oeuvres, portant d'un côté celles jugées peintes par elle, de l'autre celles qui ne l'étaient surement pas, reprenant l'une des premières pour la mélanger aux deuxièmes et vis-versa. Elle fit un troisième série : celles ayant la signature du maître et, à nouveau, transportant l'une ou l'autre dans la première ou la deuxième catégorie. Elle les tournait, les retournait, suivait du doigt les agrafes du dos qui maintenaient la toile au cadre intérieur.

Mais, que faisait-elle ?

Revenons au Tribunal. A la question du Juge :

  • Avez-vous signé les toiles que vous avez vendues à Monsieur Marc-Antoine ?
  • Oui
  • Je vous l'avais bien dit, elle a signé, fit Marc-Antoine en s'agitant sur son banc.
  • Silence, vous parlerez quand on vous interrogera.
  • Comment avez-vos signé ?
  • J'ai signé M majuscule, av minuscule, Mav.
  • Où avez-vous signé ?
  • Au dos des toiles.
  • Quelle stupidité, murmura Marc-Antoine, il n'y a rien au dos des toiles.
  • A quel endroit précisément ?
  • Cachée derrière le cadre en bois sur lequel est agrafé la toile ; il faudrait dégrafer la toile pour la voir.
  • Expliquez-nous pourquoi vous avez fait cela.
  • Deux, trois ans avant la fin de ma collaboration avec Monsieur Marc-Antoine, j'avais commencé à me douter des manoeuvres illicites de celui-ci et l'idée m'est venue de marquer mes oeuvres, mais de façon invisible.

Remous et rires dans le public, chuchotements. Bravo ! Bien joué ! Entendit-on. Les membres du jury étaient devenus très attentifs ; ils avaient envie de dire : « Dégrafer les tableaux ! Excellent ! Un coup de maître, à n'en pas douter ! » Dès lors, la majorité de ce dernier était à coup sur du côté de Marie-Ange.

Maintenant retournons dans la salle sans fenêtre. Des 96 tableaux présents, Marie-Ange a déterminé 34 tableaux signés Mav au dos. Comment peut-elle en être si sûre ? Alors qu'elle les agrafait, son agrafeuse s'était coincée ; elle dut en acheter une nouvelle, plus grosse, les agrafes plus épaisses et d'une couleur légèrement dorée, parfaitement reconnaissables. Elle en avait parlé à Armand, son guide comme elle l'appelait. Il lui avait recommandé de n'en parler à personne, ni au Juge, pas même à son avocat. Moins de personnes le saurait, plus le suspense, l’incertitude planeraient pendant le procès.

A ces 34 tableaux, elle en ajouta 10, d'elle certainement, mais non signés au dos, en espérant qu'ils passeraient entre les goutes. 29 tableaux de mauvaises factures, signatures probablement contrefaites, furent mis de côté. Restait donc 23 toiles, de sa main, elle en était sur, signatures falsifiées ; elle les mit à part, en disant qu'elle ne savait pas, tout en priant le ciel que le juge d'instruction, ou autre, resterait focaliser plus spécialement sur « ceux au dos ». 12 d'entre ces toiles furent dégrafées, 3 présentèrent la signature Mav au dos et 1 se fendit lors de la manipulation. Un expert fut mandaté pour déterminer l'auteur, ou les auteurs des 9 restantes. Une contre-expertise fut demandée. Les experts n'arrivèrent pas à se mettre d'accord : fallait-il dégrafer les autres, au risque évident d'en abîmer quelques unes ? De tergiversation en tergiversation, un non-lieu fut décidé.

Marc-Antoine reconnu avoir acheté des peintures à un certain Mauc In et que celui-ci avait imité la signature des peintres. Une enquête révéla que ce dernier était décédé depuis trois ans, son atelier, ses biens disséminés par ses héritiers ; il vivait pauvrement de sa peinture. Cette affaire s'arrêta-là. Avait-il signé d'autres oeuvres ? Un doute, une fois de plus, qui resta à jamais non-élucidé.

Six ans de procès, condamnation de 6 ans pour Marc-Antoine, acquittement pour Marie-Ange. Personne ne fit appel.

Après ces longues, très longues journées, ces mois d'attente, ces années de tentions, malgré la présence si gaie d'Angelina et le fait que Armand et elle se soient amusés à se représenter le désagrafage des toiles, sur ordre du Juge, mais également par des particuliers et, qui sait, par des musées, des galeristes et d'autres marchands d'arts, il resta à Marie-Ange un zeste de malaise, de culpabilité tout au long de sa vie à l'idée que les toiles qu'elle avait signées des maîtres aient été probablement attribuées à ce pauvre Mauc In dont le souvenir était ainsi sali, mais qui se souvenait de lui, à part elle ? Que sont devenues toutes ces oeuvres entassées dans la salle sans fenêtre se demanda-t-elle longtemps ? Quelques années plus tard, elle crut reconnaître deux tableaux de sa main dans une vente aux enchères faite par une prestigieuse maison... « D'autres auraient-ils été vendus à l'étranger » comme le suggérait Armand, « ou brûlés » ajouta-t-il avec humour. Toujours est-il que ce ne fut pas Marie-Ange qui bénéficia de leur plus-value, ceci la consola quelque peu.




vendredi 19 juin 2015

Une cave - un galetas : 13 L'affaire Marc-Antoine


La quiétude du couple berçant leur petite fille fut interrompue brusquement par le scandale que souleva « l'affaire Marc-Antoine » sous l'accusation de faussaire en art ; sa femme l'avait dénoncé ; elle produisit des brouillons de lettres, des reçus, de faux certificats d'authenticité, des photocopies de correspondance avec d'autres marchands d'art, des photos de peintures prises dans de bizarres circonstances, tout un arsenal à trier par le juge d'instruction avant de pouvoir passer en audience publique. Deux ans plus tard s'ouvrit le procès.

1) Dépôt de plainte - enquête
2) Information judiciaire – un juge d'instruction ordonne perquisitions, expertises, auditions des deux parties, confrontation des témoins
3) Audience publique
4) Jugement
5) Appel

Ces cinq points du déroulement d'un procès et leur lenteur restèrent à jamais gravés dans la mémoire de Marie-Ange qui dit à la fin : jamais plus !

Ce jour là fut celui des témoins, appelés par l'avocat de la défense, qui se succédèrent à la barre. Marie-Agnès Valiard bras droit de Marie-Ange à la Galerie, qui y travaillait depuis 8 ans, soit dès l'ouverture première des salles d'exposition, déclara avec force de détails qu'il y avait toujours eu deux à trois copies au premier étage, le rez étant réservé à René de Vermeille. Ces tableaux là étaient mentionnés
 « d'après tel ou tel », ou « copie selon X », proposés au prix de 1000 à 3000 euros ; d'autres portaient les lettres « PP », soit propriété privée. Oui, ils étaient signés Marie-Ange ou Mav. Oui, elle en avait vendus quelques uns et rappela qu'elle avait présenté des reçus mentionnant le genre et le prix des toiles, documents remis aux instances judiciaires. A la question : « En avez-vous signés, vous qui avez les mêmes initiales que la prévenue ? » « Oh non, votre Honneur, cela ne me serait jamais venu à l'idée, s'écria-t-elle indignée ».

D'autres témoins défilèrent, attestèrent qu'ils possédaient des copies de Marie-Ange et deux d'entre eux affirmèrent que leurs parents, pères ou oncles, en avaient achetés. Ils se souvenaient très bien les avoir vues accrochées chez eux. Ils avouèrent que ces tableaux avaient été achetés pour garnir les murs, en remplacement des authentiques vendus ; cela bouchait les trous ! Rires dans l'assistance. Là s'arrêtèrent les questions, on ne leur demanda pas de produire les oeuvres, fort heureusement.

L'essentiel, pour Marie-Ange, était que toutes ces personnes témoignent qu'il était un fait reconnu qu'elle faisait des copies depuis de nombreuses années. D’ailleurs, les témoins mélangeaient les dates d'achat avec celles de l'exposition « A la manière de » faite à la galerie, déjà trois ans en arrière. Le but semblait atteint.



vendredi 12 juin 2015

Une cave - un galetas : 12 Une scène


C'était le début de l'été, Armand était parti en Ecosse, invité par des amis alors que Marie-Ange recevait son fils et allait passer un mois dans le midi de la France, ainsi qu'elle le faisait chaque année avec lui depuis son divorce.

Alain était arrivé les cheveux ébouriffés, les pantalons en tire-bouchon et un teeshirt sale, anormalement agité, le regard vitreux, prêt à affronter la scène qui suivit :

  • Je commence à en avoir assez de te refaire une garde-robe chaque été, tu as 19 ans et tu devrais étudier sérieusement, je ne vais pas t'entretenir ad vitam aeternam.
  • Toi, tu entretiens bien ce bon à rien d'Armand !

Marie-Ange était devenue pâle et se retint à temps de ne pas le gifler. Avec effort elle reprit son calme, c'était toujours ainsi qu'elle avait le dernier mot avec son fils, croyait-elle.

  • Papa m'a coupé mon argent de poche, fit-il en triturant sa casquette qu'il tournait et retournait entre ses doigts, et je dois de l'argent à un copain qui promet de me tabasser si je ne le rembourse pas rapidement.
  • Et tu oses traiter Armand de bon à rien alors que tu perds un argent que tu n'as pas, car je pense qu'il s'agit d'une dette de jeu.
  • Il a ruiné sa famille !
  • Et bien je ne me laisserai pas ruiner par toi ! Et puis Armand n'a pas ruiné sa famille, il s'est malheureusement trouvé à la mauvaise place, au mauvais moment. Cela suffit, je ne vais pas te raconter sa vie et, lui absent, il ne peut se défendre. Pour clore ce sujet, voici 1'000 euros, ça fera patienter ton créancier, et dorénavant je te dirai non, non et non. Si c'est pour payer des études, une formation professionnelle ou un dentiste, tu m'apporteras la facture et je verrai pour la payer. Bon là-dessus, partons t'habiller, mais cette fois les achats seront minimalistes.

Alain fit semblant d'être contrit en baissant la tête, mais rassuré avec cet argent dans la poche, il n'en espérait pas autant. Maintenant il sait qu'il devra ruser pour obtenir ce dont il a besoin, mais de la ruse, il en avait. Docilement, il suivit sa mère. Il n'a même pas demandé des nouvelles d'Angelina, pensa tristement cette dernière.

Quelques mois plus tard éclatât "L'affaire Marc-Antoine"


vendredi 5 juin 2015

Une cave-un galetas 11 : Douce soirée


C'est une douce soirée de la mi-septembre, dans la prairie laissée au naturel, les grillons se sont tus ; les vignes tirées au cordeau s'éloignent en mouvance sur un terrain vallonné et disparaissent dans un creux profond ; un champ laissé en friche se repose, respire comme une aquarelle, au loin le pied des montagnes roussissent, les forêts d'épicéas virent dans un ton de vert très sombre, par jeu des couleurs. Le sommet des montagnes rosi, se pare d'orange indien, juste un fugace instant. Le soleil baisse à l'occident, va disparaître derrière la rondeur de la terre pour éclairer d'autres continents, d'autres océans.

Les érables lancent des flammes éphémères, s'éteignent ; les feuilles des cerisiers ont pris une couleur cramoisie, transparente, éclairées de dos, puis se fondent dans la nuit. Les ombres se sont allongées, les jours, déjà, sont plus courts.

Sur la terrasse, les lanternes aux bougies oranges sont allumées, Madelon a apporté un plateau de rissoles à la viande, toutes chaudes avec une bouteille de rosé d'Anjou, et après leur avoir souhaité une bonne soirée, elle se retira. Pris par la beauté changeante du paysage, Marie-Ange et Armand étaient restés silencieux ; couchés côte à côte sur des transats, ils se tenaient la main, la serrant de temps à autre. Trois nuits plus tôt, Marie-Ange avait placé la main d'Armand sur son ventre, l'y avait promenée. Lui, décidément, ne comprenant rien à rien, il fallut qu'elle lui dise : « je suis enceinte ». La main d'Armand, comme électrifiée, se retira précipitamment et il resta sans voix.

  • Dans la folie qui a précédé et suivi le vernissage, j'ai dû oublier de prendre la pilule.
  • Je croyais mes minis spermes stériles, ou tout au moins très peu actifs.
  • Que faisons-nous Armand. Vous avez 49 ans, j'en ai 4 de moins, est-ce dangereux à mon âge d'avoir un enfant ? Et le voulons-nous vraiment ?
  • La décision vous appartient en premier, c'est vous qui allez le porter et le mettre au monde. Un avortement reste toujours un traumatisme pour la femme, quoiqu'on en dise. De mon côté cette idée me ravit, ne trouvez-vous pas que cette maison est un peu trop grande pour nous seuls ?
  • Il me semble que vous avez déjà choisi. De mon côté ce qui me retient c'est peut-être la différence d'âge avec mon fils. Quelle scène va-t-il me faire s'il pense à l'héritage à partager, et il y pensera.
  • Excusez-moi, mon coeur, de vous parler ainsi : il est temps de votre part, de prendre vos distances par rapport à Alain. Un petit être fragile duquel vous occuper serait salutaire, je pense.
  • J'espère qu'il vous ressemblera.
  • Pas trop tout de même, et si c'est une fille, je préférerai qu'elle irradie votre beauté, je vous aime mon coeur.
  • Flatteur ! Je vous aime aussi.

Et en même temps, tous deux se dirent l'un à l'autre : « Alors pourquoi ne pas garder ce fruit de notre amour ». Ainsi, 7 mois plus tard, naquit Angelina.